11 opérateurs prennent d

C le jour de l matrisée du marché des jeux d sur le Net. Le régulateur ARJEL délivre un premier jet de 17 licences 11 opérateurs : paris sportifs, paris hippiques et poker.

C le vrai départ pour la concurrence dans les paris et jeux d en ligne la fin des monopoles d détenus par le PMU et la Franaise des Jeux.

Mardi 8 juin, l’Autorité de Régulation des Jeux en Ligne (ARJEL) a délivré une premire vague de 17 licences 11 opérateurs : 8 agréments pour les paris sportifs ( quelques jours de l de la Coupe du Monde de football), 2 pour les paris hippiques et 7 agréments pour le poker. Chaque licence est valable pour une durée de cinq ans.

Globalement, les candidatures affluent devant l A ce jour, 24 sociétés d’opérateurs ont déposé 35 dossiers de demandes d’agréments.

La majorité des autorisations officielles concernent le poker (16 demandes) et les paris sportifs (14 dossiers). Le reliquat concerne les courses hippiques (5 dossiers).

Pour chaque demande officielle, l dispose de quatre mois pour donner sa décision. Les candidats sont soumis un cahier des charges technique trs stricte et des contraintes financires.

La bataille sera rude dans le poker et il faudra compter sur le joker Winamax constitué du duo Patrick Bruel Marc Simoncini (P DG de Meetic).

L’Arjel vient d’attribuer ses premiers licences une vingtaine d’opérateurs qui pourront exploiter les jeux d’argent en ligne, dans un premier temps les paris sportifs et ensuite le poker. C’est l’aboutissement d’un long processus. La loi relative l’ouverture la concurrence et la régulation du secteur des jeux d’argent ligne a été votée L’Assemblée Nationale le 6 avril 2010. Cette date marquera l’histoire des jeux en France. Elle constitue une étape importante dans la mise en place d’une Politique Des Jeux cohérente, qui supprime les conflits d’intérts. Certes, il y a eu des incidents de séance, des tentatives d’obstruction, des accusations politiciennes ( les amis du Fouqet’s) et des joutes rhétoriques qui relvent du pur jeu parlementaire. Mais l’essentiel n’est l. Députés et sénateurs ont beaucoup travaillé, comme en témoignent les milliers de pages des débats parlementaires. Les enjeux politiques, culturels et sociaux de cette légalisation ont été soulignés. C’est ce que l’histoire retiendra. Mme s’il y a un important dessous des cartes dans ce dossier, c’est tout l’honneur de la France pays qui possde une histoire ludique riche et ancienne d’avoir pris le temps d’organiser ces débats. La France n’est pas une république bananire. Il faut remonter 1933 instauration de la loterie nationale moderne pour retrouver des échanges parlementaires aussi passionnés sur les jeux de hasard et d’argent. La question du jeu excessif, celle du jeu des mineurs et des personnes vulnérables, a été au centre de ces débats. Une nouvelle architecture souhaitée par les parlementaires et notamment par les sénateurs a été mise en place pour traiter ces problématiques. Elle booste le Comité Consultatif des Jeux (CCJ), lui adjoint un observatoire des jeux (ODJ), deux commissions spécialisées et coordonne son action avec l’Arjel, l’autorité de régulation dirigée par Jean Franois Vilotte. La représentation nationale a semble t il compris qu’une saine régulation doit s’appuyer sur la recherche et l’expertise, séparer les compétences, si elle ne veut pas tre accusée d’tre partisane ou sous la pression des opérateurs ou d’autres acteurs du champ . La légalisation des jeux d’argent sur Internet ne peut en effet que renforcer l’acuité des questions sociétales qu’entrane l’économie du hasard , (conséquences sociales , santé publique). Comme ces problématiques (et notamment la question du jeu excessif ) ont largement été mises en avant pour justifier l’ouverture matrisée des jeux en ligne, il convient que les conséquences du gambling ne soient pas instrumentalisées. En aucune manire les opérateurs de jeux ne peuvent diligenter et financer des recherches sur l’impact de leur activité comme c’est le cas actuellement. Cela entranerait un conflit d’intért intolérable. L’observatoire des jeux doit donc jouer un rle central. Si c’est une coquille vide, il sera rapidement qualifié d’observatoire croupion. A l’heure ou certains questionnent le rle ambigu joué par les experts dans d’autres dossiers (réchauffement climatique, grippe A H1N1, tabagisme passif) il convient que l’observatoire des jeux possde les moyens de ses ambitions, afin de réaliser des mesures scientifiques et des recherches pluridisciplinaires indépendantes. Réalisée par Publicis, cette communication a été déclinée dans la presse écrite, la radio et sur Internet. Dans les journaux, elle apparat pendant un mois dans la presse TV, hippique, sportive et dans les nombreux magazines spécialisés dans le poker. la radio, les spots sont diffusés sur les ondes des grandes stations nationales ou sur des radios jeunes. Une seconde campagne d’information est programmée pour la rentrée.

Ni prosélytisme ludique, ni campagne anti jeu

Pour sa premire campagne de sensibilisation, l’Arjel a mis le paquet : 390 000 euros. Si certains ont maladroitement comparé ce budget l’argent dépensé en publicité par les opérateurs agrées ( 14 millions d’euros du 8 au 22 juin) (2), ils se sont fourvoyés. Comme l’a précisé Jean Franois Villotte, le but de cette communication n’est pas d’inciter jouer mais vise encourager les joueurs qui souhaitent parier le faire sur des sites agréés (3) La nuance apparat d’importance, l’Arjel étant une autorité de régulation indépendante, elle se doit de rester dans l’objectivité et la neutralité, ce qui semble tre le cas dans cette campagne qui ne fait pas de prosélytisme ludique mais n’apparat pas non plus anti jeu, bien que situant nettement dans la prévention.

L’Arjel : pour savoir o vous mettez les pieds

Quelques observations sur la communication de la campagne print parue dans la presse télé. En bas droite apparat le pictogramme Agréé arjel S’il n’a rien de trs folichon, le logo de l’Arjel a la vertu d’tre parfaitement identifiable. C’est important car ce label doit permettre aux internautes de repérer facilement les sites autorisés. Ses couleurs nationales (bleu, blanc, rouge) renforce son cté officiel. Ce texte oppose les sites de paris illégaux qui ne jouent pas le jeu et qui ne respectent pas les rgles , aux sites agréés par le régulateur qui offrent toutes les garanties de jeu : sincérité, sécurité, transparence . En final, une information simple qui annonce clairement la couleur, et invite le joueur exercer sa responsabilité en jouant dans la légalité.

L’aspect sombre et mafieux de certains sites ludiques illégaux

Le reste de la communication ( qui occupe 80% de la surface) interpelle le joueur d’une manire beaucoup plus symbolique et beaucoup plus forte. S’il n’a rien d’agressif, le message se situe nettement dans la prévention performative, qui montre les dangers jouer sur des sites illégaux. Mais l’internaute joueur ne doit pas se réjouir de cette main heureuse car un slogan précise : Perdu ! vous n’tes pas sur un site agréé par l’autorité de régulation des jeux en ligne . Bien que de couleur verte (symbole de chance et d’espérance dans l’univers ludique) le fond d’écran trs sombre fait davantage référence l’aspect opaque et mafieux de certains sites illégaux, qu’au vert chatoyant des tables de jeux des casinos.

Les quatre symboles qui apparaissent sur les cartes du carré d’as ( et notamment sur la premire) sont particulirement signifiants : un pige loup, une paire de menotte, un fouet, un hameon ! Le message est sans ambiguté, la symbolique est limpide : si vous ne vous voulez pas vous faire harponner, menotter, flageller ou piéger par des sites illégaux, jouez sur les sites autorisés et agréés par les pouvoirs publics. Le message n’apparat pas moralisateur ou anti jeu, il invite simplement mais fermement rester dans la légalité. Il en appelle la responsabilité du joueur qui doit faire le choix de ne pas aller s’aventurer sur des sites interdits. Certes, les différents univers qui apparaissent travers les symboles utilisés n’ont rien de trs ludiques : la chasse ( pige loup), la pche ( hameon), l’univers carcéral et policier ( menottes), la punition, le sado masochiste ( fouet). Mais l’humour n’est pas absent de cette communication de prévention qui suggre au joueur :

v qu’il peut se faire pigeonner s’il fréquente des sites illégaux, dont certains sont dans les mains d’intérts mafieux ou frauduleux

v que l’univers des jeux d’argent le milieu du jeu n’est pas fréquenté que par des enfants de cur et peut comporter une face sombre l’enfer du jeu notamment quand il échappe au contrle de la puissance publique.

En final, la stratégie utilisée par l’Arjel pour communiquer et offrir un cadre sécurisé aux joueurs et parieurs en ligne (4) apparat pertinente. Elle ne se situe pas sur le registre de la morale ( tu ne joueras point) ou de la sanction liberticide, mais parie sur la responsabilisation du joueur. Mme si d’autres moyens plus coercitifs sont mise en uvre pour lutter contre les sites illégaux ( et notamment la cyber douane crée en février 2009) (5), le régulateur a compris que la meilleure méthode pour juguler ces sites, consiste faire en sorte que les joueurs prennent d’eux mmes la décision de ne pas les fréquenter. Liberté et responsabilité comme base d’un principe de précaution revisité. Par ailleurs la simplicité du langage et de la symbolique utilisés, qui invite le joueur ne pas aller se faire plumer (6) dans des espaces ludiques virtuels o aucun contrle n’est effectué et aucun recours n’est possible, est susceptible d’tre entendu par le plus grand nombre.

Reste analyser scientifiquement la visibilité, l’impact de cette campagne de sensibilisation responsabilisation et les représentations qu’elle suscite dans les différente strates de la société Franaise. Reste savoir, si les joueurs en ligne resteront dans le cadre de la bonne pratique du jeu en ligne définie et souhaitée par l’Arjel, ou seront attirés par les sites illégaux qui peuvent offrir des TRJ ( taux de retour au joueur) ou des bonus d’entrées plus attractifs, afin de détourner les gamblers du droit chemin. Sans se faire l’avocat du diable il faut rappeler cependant :

v d’une part que la légalisation des jeux d’argent en ligne va rendre socialement plus acceptable le gambling en ligne et peut créer un appel d’air, une banalisation , favorable l’ensemble des sites légaux ou illégaux, comme le montrent certaines études qui ont analysé l’exemple sudois (7)

v d’autre part, comme l’a souligné l’historienne Elisabeth Belmas, que le jeu déborde constamment les limites que la loi et la morale voudraient lui imposer (8) Ainsi dans le cas du poker qui sera autorisé le 30 juin (9), comme la loi oblige jouer entre Franais , cela peut inciter certains joueurs fréquenter les sites illégaux par esprit de compétition ou pour affronter les champions internationaux.

Jean Pierre Martignoni, sociologue

Comité consultatif du jeu, sénateur Franois Trucy, Arjel, Jean Franois Vilotte, Observatoire des jeux, Colloque du 22 mars 2011 la Maison de la Chimie